La couleur des sentiments – Kathryn Stockett (Paris: Actes Sud, 2010)

la couleur des sentiments, katryn stockett, siv, chronique, livre, IEULTraduit en plus de 40 langues, plus de dix millions de vente dans le monde, on peut dire que la romancière de Jackson, Mississippi -lieu où se déroule également l’intrigue- a su convaincre. Le pavé de plus de 600 pages me fait un peu appréhender, mais ce roman qui s’ancre dans une réalité historique particulière change la donne. Et voilà que je me lance à corps perdu dans une lecture effrénée. Dès les premières lignes, la problématique est posée : Que veut dire être domestique dans les années 60, dans une société ségrégationniste ? Puisque « chez les Blancs de Jackson, Mississippi, ce sont les Noires qui font le ménage, la cuisine et qui s’occupent des enfants ». Pour rappel, l’Etat du Mississippi est alors considéré comme le plus discriminant à l’égard des populations noires. Mais pas question pourtant d’en faire quelque chose de sensationnel et larmoyant, non. L’humour et l’insolence se combinent et s’entrechoquent d’un caractère à l’autre, dans les premières pages qui déjà, interpellent.


Un roman aux trois visages
On commence l’histoire par le récit (à la première personne) du quotidien d’Aibileen, bonne dans une famille bourgeoise et évidemment blanche. Une cinquantenaire seule qui partage sa vie entre son travail chez Mrs Leefolt, Baby girl, sa maison vétuste dans le quartier noir de la ville et son église. Puis l’on passe au quotidien de l’explosive et charismatique Minny, mère d’une famille nombreuse, rythmé par des rebondissements aussi saugrenus les uns que les autres. Son caractère et son franc-parler la fera passer de maisons en maisons, avec plus ou moins de difficultés. Eugenia –Skeetter- Phelan dit Miss Skeeter, fait quant à elle partie de l’autre bord : celui des blancs aisés de la ville, qui emploient également des hommes et des femmes de la communauté noire. Bien qu’elle fréquente les patronnes ségrégationnistes de nos deux « bonnes », elle ne leur ressemble pas pour autant. Même, elle ira jusqu’à agir secrètement contre les lois discriminatoires, poussée par un sentiment d’injustice et son aspiration d’écrivaine en devenir. Ces trois visages forment un contraste intéressant au sein duquel se dessine l’espoir d’un changement sociétal. Le passage de l’un à l’autre se fait après plusieurs chapitres, ce qui permet à l’auteure de s’étendre sur davantage de détails. Cependant, beaucoup de personnages sont introduits successivement dès les premières pages ; on débarque tel quel, au milieu de trois histoires paradoxalement liées.

 

Un écrit simple, réaliste et sans prétention

Accessible, le roman de Stockett l’est. Il satisfait des audiences et aspirations différentes grâce notamment à son ancrage historique. A première vue, on serait tenté de dire que les sentiments n’ont pas de couleur, mais si, ils se teignent lorsque l’on passe d’un récit à l’autre ; les couleurs que l’on attribue traditionnellement à la colère, a l’injustice, au sang, au désespoir et à la révolte mais aussi à celles plus douces, de l’amour, de la compassion et de la solidarité. On irait même jusqu’à dire que chaque protagoniste de l’histoire est une couleur, elle même attribuée a un sentiment qui la qualifie : ainsi, quand l’une revêt son manteau rouge vif, l’autre se pare d’un rose poudré. Une palette de couleurs et donc de sentiments, voilà l’idée qu’essaie de transmettre ce roman. De couleurs primaires, brutes et brutales dépendent les mélanges, doux et légers. Une histoire féminine, de langage et de personnalités. Malgré le contexte dramatique, on ne se lasse pas de la manière dont chacune des femmes raconte son quotidien, exprime ses doutes, ses peurs et moments de joie. Tout ceci participe à créer une réelle proximité avec le lecteur qui appréhende que l’histoire se termine, que ses quotidiens racontés finissent par être ordonnés sur une étagère, à côté de nombreux autres…

© http://izquotes.com/quote/178931

En conclusion…
A l’heure où j’écris cette chronique, je n’ai toujours pas terminé ma lecture. L’appréhension de me retrouver à la dernière page me guette. Peut-être que la fin ne sera pas à la hauteur de mes attentes mais qu’importe, parfois, quand le coup de foudre littéraire se produit, inutile d’attendre pour écrire.

Tout plein de love à vous, Mistinguettes et autres Damoiseaux !

Sivanah Lachavanne

 
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1. Traduit de l’américain par Pierre Girard sous le titre, La couleur des sentiments, lors de sa publication française.

* = Pour les petits frenchies, l’allocution « Adieu » en Suisse romande est synonyme de « Bonjour », dixit feu mon arrière grand-maman, Simone.

 

Retrouvez cet article sur le blog des Chroniques de Siv’: https://leschroniquesdesiv.blogspot.ch/

 

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