Interview d’Isabella B. de l’Association Caméra Culture!

camc3a9ra-culture-associationEn entrant dans ce café cet après-midi là, j’aperçus une dame aux cheveux blonds et lunettes vissées sur le nez. Plongée dans son journal, j’hésitais quelques secondes avant de m’approcher ne voulant pas perturber une lecture qui semblait forte intéressante. Mais une mission m’était donnée, celle de rencontrer cette femme qui s’avéra aussi mystérieuse que cultivée. Mais que fait-elle au juste…? Silence, ça tourne !

Sivanah Lachavanne : Bonjour Isabella, tout d’abord, j’aimerais que vous me parliez de vous et brièvement de votre parcours.

Isabella Bompiani : J’’ai été directrice et propriétaire d’une société qui s’appelait EBORIS dans l’édition et ensuite je me suis reconvertie car notre trésorerie commençait à s’affaiblir. J’ai travaillé à la radio pendant deux ans, pour une association qui s’appelle Carrefour Rue et ensuite j’ai monté une association, Association Bompiani pour la culture. Comme mon nom est relié à l’édition en Italie, j’ai voulu un peu poursuivre le combat en me basant sur la culture suisse car il y a plein de choses qui se passent et on en parle pas vraiment…

SL : Et ensuite ?

IB : La maison d’édition existait depuis 1994 et je l’ai quitté en 2002. J’ai une très longue expérience dans le domaine, j’ai tout appris sur le tas mais évidemment aujourd’hui tout à changé et notamment les supports sur lesquels on promeut la culture. J’ai ensuite rencontré Igor qui m’avait demandé d’écrire des articles sur des livres : dernières sorties…Ma passion c’est lire et écrire. Il se trouve qu’il a bien aimé mes critiques et c’est à ce moment là que je lui ai dit qu’après tout, comme Association Bompiani pour la culture n’a pas bien marché, peut-être devrions nous monter une association ensemble. Je suis donc présidente de cette nouvelle association, et nous avons dans le staff un informaticien, le rédacteur en chef, un journaliste et un trésorier. Notre partenariat avec l’École de cinéma fait que l’on est encore plus performant qu’à nos jeunes débuts : on a des projecteurs, une salle et des étudiants qui font leurs tests ; c’est aussi excellent pour eux. Et pour nous, c’est une qualité d’image, du son en plus qui fait que l’on s’y épanouit pleinement.

 SL : Quels sont vos objectifs au sein de cette nouvelle association ?

IB : Ce qu’on vise c’est tout bord et toute discipline culturelle : sculpteurs, écrivains, peintres, un artiste artisan, une journaliste qui voudraient se faire connaître. Moi par exemple, j’ai interviewé une écrivaine qui peint aussi ! Donc j’ai pu mettre en avant ses deux passions et métiers afin de faire parler d’elle. En bref, il y en beaucoup qui ont des doubles casquettes, qui multiplient les disciplines culturelles.

SL : Comment vous est venue l’idée de travailler sur la culture suisse, genevoise ?

IB : Parce que je trouve dans un premier temps qu’il y a beaucoup de maisons d’éditions – et c’est mon cas car c’était aussi mon domaine – qu’on ne connaît pas. Et pourtant les suisses lisent, ils achètent. Simplement, ces livres d’éditeurs suisses ne sont pas produits avec la même puissance qu’en France. En tant qu’italienne, je sais ce que c’est d’être bilingue, de pouvoir apprécier des oeuvres dans une langue, de cultiver une autre, et la culture fait partie de notre nourriture.

SL : Vous pensez qu’il y a une richesse ici, culturelle, qui a besoin d’être ré-exploité ?

IB : Et comment ! Prenons un exemple, celui de la Basilique Notre-Dame de Genève à la gare Cornavin. Elle a subis des conflits pendant les guerres de religions, entre les catholiques et les protestants, on peut raconter son histoire. J’ai déjà par curiosité demandé à plusieurs personnes et ils ne savent rien de cette Basilique, personne n’y met les pieds ! Ils vont à Notre-Dame en vieille-ville mais pas ici. Pour le cinéma, je trouve que les critiques sont très pauvres. La plupart des gens s’attachent aux dires sans trop creuser au final. Il faudrait mieux faire connaître les scénaristes, les inviter, faire participer le public…Il y a des choses qui manquent tout en ayant beaucoup et c’est ça le paradigme. Avec les réseaux sociaux, je ne vous le dis, il n’y a pas un jour où je ne reçois pas une invitation pour un vernissage, une lecture de livre, exposition collective, plein de choses se passent mais il faut en parler !

SL : Donc voilà, votre but c’est de recréer une connexion qui est un peu fictive en soi entre la culture et la population, entre les acteurs de cette culture et l’individu lambda qui n’a pas forcément accès à tout ça…

IB : Voilà, c’est ça. A travers notre association, Caméra Culture, on leur offre un support, on a plusieurs optiques différentes pour l’écrivain, le sculpteur…on propose un forfait qu’ils peuvent choisir. On a par exemple, une réalisation d’interview de 20-25 minutes plus toute la mise en page sur les réseaux sociaux, plus on le télécharge et on lui donne le moyen de pouvoir agir avec ce support pour sa propre promotion. C’est comme si on réalisait un “book” si vous voulez, qu’il peut ensuite disposer comme bon lui semble. Tout ce processus permet une large diffusion du travail de chaque acteur culturel. Une autre chose : quand un éditeur veut se faire connaître à l’étranger, il n’a pas d’autre choix que d’avoir un agent. Et cet agent s’occupe de démarcher les maisons d’éditions ailleurs dans le monde à l’aide d’un support visuel, d’un CD par exemple, que ce dernier peut directement lui envoyer. C’est un gain de temps énorme pour les deux partis ! On sert d’intermédiaire, c’est un service que l’on propose.

SL : Vous voulez montrer un autre visage de la diffusion de la culture mais aussi de l’écrivain, parce que c’est vrai que c’est encore souvent sur papier – on est beaucoup sur le numérique, sur le visuel maintenant.

IB : Oui c’est exactement ça. Il y aujourd’hui le monopole des magasins de grande distribution aussi pour la culture à l’image de la Fnac pour ne citer que celui-ci mais ça suffit ! Déplacez vous, allez discuter d’un tel livre, de cuisine, d’art c’est égal mais allez-y !

SL : Donc du coup c’est une association, une entreprise, qu’est-ce que c’est ?

IB : Une association à but non-lucratif et l’argent que l’on récolte on l’investit pour pouvoir faire d’autres vidéos, pour financer tout le matériel. Là on attend une réponse de la fondation Wilsdorf, espérons !

SL : On comprend maintenant mieux la dénomination “Caméra Culture”, mais pourquoi votre choix s’est-il porté sur ce nom ?

IB : Caméra, en gros, on va se promener avec ça, la personne va se promener avec l’idée que l’on va la voir, la filmer. Le support est un film. Vous me direz, tout le monde peut le faire pour soi mais il y a des gens qui n’ont pas forcément le temps de faire le montage, de mettre une musique de fond, de pouvoir avoir des copies du support…Nous on s’occupe de tout !

SL : Et aussi au niveau des moyens financiers, comment cela se passe ?

IB : On est assez souple avec la demande de l’artiste par le biais de devis personnalisés. On ne fait pas à la tête du client mais à la tête de leur possibilité. Par exemple, la réalisation vidéo comprend : la pré-production, le repérage, l’image-son, l’écriture du scénario si on doit faire un reportage, photos, développement, articles et interview que l’on met sur le site de l’artiste et la galerie photo sur CD, bref on est à 80 chf de l’heure. Ou alors on a un forfait de 500 francs. On fait pas mal quand même, déjà au niveau de la mise en place pour une interview cela demande beaucoup de travail et une bonne organisation.

SL : Quelle est votre visibilité ? Vous avez un site internet ?

IB : On attend l’argent car cela coûte vraiment cher de faire un bon site internet alors en attendant on travaille avec l’association Plumes Genevoises, on poste sur Facebook, sur Viméo. C’est surtout le travail de notre informaticien, moi je ne m’en occupe pas. Nous, on ne veut pas gagner des mille et des cents, on veut juste pouvoir avancer et promouvoir la culture !

SL : Avez-vous pensé à interviewer des artistes mais cette fois étrangers qui se rendent à Genève pour promouvoir leur travail ?

IB : Ça serait l’idéal. Ramener la culture d’ailleurs ici et la transmettre, mon grand rêve c’était ça. On est vraiment très ouvert, ça peut être tout type d’artiste et de discipline artistique : même un ébéniste, pourquoi pas ! Je suis curieuse de tout, j’aime sortir et découvrir de nouvelles choses. Maintenant, il nous fait être crédible pour que nous puissions réaliser tous nos projets mais aussi ceux des autres.

SL : Merci Isabella de nous avoir présenter votre association pleine d’avenir pour la culture et ses acteurs de notre chère cité de Calvin !

Propos recueillis par Sivanah Lachavanne


Retrouvez cet article sur le site de Signé Genève: http://www.signegeneve.ch/geneve/centre/lassociation-camera-culture-entre-promotion-et-amour-de-la-culture.html

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